Ces trois comportements auraient pu être évités s’ils avaient été pris en charge rapidement

22 septembre 2026

Vous êtes-vous déjà demandé si votre chien avait mal ? En tant que comportementaliste canin, je constate que ce n’est pas toujours ce qu’on se demande en premier. Et pourtant, certains comportements sont en réalité la conséquence d’un problème de santé. Avant de chercher à modifier un comportement, il est donc essentiel de se poser cette première question : Et si mon chien exprimait une douleur ou un inconfort physique ? Cette étape, souvent négligée, permet d’éviter de longues semaines d’incompréhension… et surtout d’améliorer rapidement le bien-être de votre compagnon en lui offrant une prise en charge médicale et vétérinaire.

Le comportement : un véritable indicateur de santé

Les chiens ne peuvent pas nous dire qu’ils ont mal, mais souvent, ils modifient leur comportement. Un chien habituellement sociable peut devenir irritable ou un chiot peut mordiller tout ce qui se trouve à sa portée sans parvenir à s’arrêter y compris les mains, les jambes, ou les vêtements.Ces changements sont parfois subtils, parfois très marqués. Ils sont pourtant un précieux signal d’alerte. Mon rôle de comportementaliste canin est d’identifier les comportements pouvant être d’origine médicale et de vous diriger vers un vétérinaire avant d’entreprendre un travail comportemental.

Trois comportements qui auraient pu être évités

Premier cas : une chienne qui refusait les promenades

C’est une chienne de 4 ans qui m’a était décrite comme très craintive depuis son plus jeune âge. Progressivement, ses comportements s’aggravent jusqu’à refuser de sortir. Elle commence donc à uriner à l’intérieur de la maison, ce qui commence à mettre en colère son humaine qui essaie pourtant de tout faire pour que les sorties soient les plus agréables possible : elle lui propose des horaires calmes, elle prend toujours soin d’apporter des friandises ou des jouets, et évite les zones qui lui font peur.Avant de démarrer un accompagnement en comportement, je propose à la propriétaire de faire une visite vétérinaire, pour vérifier l’absence de cause médicale. Le résultat est sans appel : l’examen vétérinaire révèle une cystite aiguë particulièrement avancée.Par son refus de sortir, la chienne tentait avant tout de communiquer un mal-être profond, puisque la cystite lui provoquait des douleurs importantes. Elle a pu recevoir un traitement adapté qui nous a permis par la suite de travailler en douceur sur ses peurs en extérieur. Sans cette consultation, nous aurions travaillé sur un comportement dont une partie de la cause était médicale et qui aurait pu largement s’aggraver sans prise en charge.

Deuxième cas : un chiot qui mordillait tout de manière compulsive

Les mordillements sont fréquents chez les chiots, mais dans ce cas précis, leur intensité m’a interpellé. C’était un chiot qui mordillait de manière totalement compulsive, c’est-à-dire sans pouvoir s’arrêter. Sa propriétaire était blessée des avants-bras jusqu’au sang, ses jeans troués, et une grand partie de ses meubles abimés. Elle ne savait plus quoi faire pour lui demander d’arrêter, il était dans l’incapacité de redescendre en excitation.Je leur propose d’ajuster leur communication et de mettre en place quelques exercices d’éducation, sans succès. Impossible de diminuer les mordillements. Une consultation vétérinaire a alors permis de mettre en évidence une dermatite inflammatoire liés à des problèmes digestifs. Les mordillements étaient très certainement devenus pour lui une manière d’exprimer et de décharger son inconfort. Après la mise en place d’un traitement adapté, les mordillements ont nettement diminués et ce n’est qu’à partir de ce moment-là que le travail éducatif et comportemental a réellement porté ses fruits.

Troisième cas : une chienne qui refusait qu’on touche ses oreilles

Sa propriétaire me fait part de son souhaitait de démarrer un entrainement de médical training – une manière d’apprendre au chien à collaborer lors des soins avec son consentement. Mais dès qu’une main approchait de ses oreilles, elle se reculait, grognait et se mettait à fuir le contact. La progression dans les exercices étaient quasiment inexistante et la propriétaire pensait qu’elle n’y arriverait jamais. C’est alors que son examen vétérinaire de routine révèle une otite accompagnée d’un eczéma important, probablement lié à des allergies. La vétérinaire prescrit un traitement anti-inflammatoire qui fait diminuer l’eczéma, ainsi que la gène associée.Une fois l’otite soignée, les exercices de médical training ont pu réellement démarrer. La propriétaire a rapidement pu apercevoir les premiers progrès, malgré que sa chienne gardait une très grande appréhension liée à ses douleurs passées. Avant le traitement, demander à cette chienne d’accepter qu’on touche ses oreilles aurait été comparable à demander à une personne souffrant d’une rage de dents de sourire pendant qu’on lui appuie sur la joue.

Pour autant, tous les comportements n’ont pas forcément d’origine médicale

Les émotions, les apprentissages, l’environnement, la génétique ou encore les expériences vécues jouent un rôle majeur dans les comportements de nos chiens. Tous les comportements problématiques ne sont pas nécessairement provoqués par une maladie. L’objectif n’est donc pas d’opposer santé et comportement, mais bien de les lier. Une douleur chronique peut augmenter l’irritabilité d’un chien tandis que des troubles digestifs peuvent influencer son niveau de stress. Une maladie peut également diminuer la tolérance aux manipulations et un état émotionnel dégradé peut parfois aggraver certaines manifestations physiques. C’est pourquoi une prise en charge globale et holistique est souvent la plus pertinente.

Quels comportements doivent vous alerter ?

Sans être systématiquement liés à un problème de santé, certains comportements méritent une consultation vétérinaire, notamment lorsque votre chien :

  • devient soudainement agressif alors qu’il ne l’était pas auparavant ;
  • refuse certaines manipulations ;
  • ne souhaite plus sortir ;
  • se montre moins actif, fatigué ;
  • recommence à faire ses besoins dans la maison ;
  • mord des bâtons de manière compulsive en promenade
  • vocalise davantage ;
  • change brutalement d’appétit ;
  • présente un comportement inhabituel qui apparaît sans raison évidente.

Plus le changement est soudain, plus il est important de rechercher une cause médicale.

Comportementaliste et vétérinaire : un travail d’équipe

Contrairement à une idée reçue, la comportementaliste et la vétérinaire ne travaillent pas l’une contre l’autre mais de manière complémentaire. La vétérinaire recherche une éventuelle cause médicale, traite la douleur ou la maladie lorsqu’elle est présente et vérifie l’état de santé général.La comportementaliste canin analyse ensuite les émotions, les apprentissages, l’environnement et construit un plan d’accompagnement adapté. Lorsque chacune intervient dans son domaine de compétence et n’hésite pas à collaborer, les progrès sont souvent plus rapides et plus durables.

Face à un changement de comportement, il est tentant de chercher immédiatement une explication éducative ou comportementale, pourtant, votre chien essaie peut-être simplement de vous communiquer son inconfort physique grâce à des signaux. Avant de mettre en place des exercices ou de modifier votre façon d’interagir avec lui, prenez le temps d’écarter une éventuelle cause médicale avec votre vétérinaire. Une fois cette étape réalisée, le travail comportemental pourra être construit sur des bases solides et adaptées aux besoins réels de votre chien.

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